2 août 2026

Le basculement de l’extrême droite française face à Israël

En France, la droite classique (gaulliste, libérale-conservatrice, puis UMP/LR) a longtemps été, dans l’ensemble, pro-israélienne ou ce que l’on peut appeler « soft sioniste ». Le soft sionisme désigne un soutien passif à Israël : être favorable à l’existence et à la sécurité de l’État juif, sans pour autant adopter un discours militant, idéologique ou hystérique. C’est une position de principe, mesurée, qui refuse de faire d’Israël un totem permanent ou un objet de polarisation permanente.

L’extrême droite, elle, a historiquement été bien plus ambivalente, souvent critique d’Israël, parfois ouvertement pro-palestinienne et anti-impérialiste. C’est ce contraste, et le renversement opéré depuis une quinzaine d’années, qu’il faut clairement exposer.

La droite classique : une continuité soft sioniste

Depuis le général de Gaulle (qui, malgré la rupture de 1967, n’a jamais remis en cause le droit d’Israël à exister), la droite gouvernementale a maintenu une ligne de soutien de principe. Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Fillon ou les responsables LR d’aujourd’hui se sont régulièrement déclarés amis d’Israël, ont défendu son droit à la sécurité et ont critiqué le terrorisme palestinien ou le Hamas. Ce soutien n’était pas inconditionnel (la France a souvent plaidé pour un État palestinien et critiqué les colonies), mais il restait structurellement plus favorable à Israël que celui de la gauche. On peut le qualifier de soft sioniste : acceptation de l’État juif, solidarité de base, sans mobilisation idéologique permanente ni hystérie politique.

Lawrence d’Arabie et Gertrude Bell : aventuriers au service de la géopolitique britannique


Thomas Edward Lawrence (1888-1935) et Gertrude Bell (1868-1926) incarnent une figure paradoxale de l’histoire : des explorateurs, archéologues et voyageurs passionnés du désert, souvent présentés comme des romantiques ou des aventuriers solitaires, qui ont en réalité joué un rôle central dans la reconfiguration du Moyen-Orient après la Première Guerre mondiale. Leur action s’inscrit dans la stratégie impériale britannique (et, plus largement, anglo-saxonne) de démembrement de l’Empire ottoman, de contrôle des routes pétrolières et de création d’États clients. Loin d’être de simples observateurs, ils ont été des agents d’influence, des conseillers politiques et des artisans de frontières qui pèsent encore aujourd’hui.

Comment la droite nationale a troqué la lutte contre l’islam à celle contre l’impérialisme atlantiste

Il y a vingt ans, une certaine droite nationale française portait encore une critique cohérente de l’ordre mondial. Héritière d’une tradition qui allait de l’Action française au Front national de Jean-Marie Le Pen, en passant par Ordre Nouveau et l’Œuvre française, elle voyait dans le sionisme non pas une simple question de politique étrangère, mais un projet de dissolution des nations. L’ennemi principal restait l’impérialisme atlantiste, le cosmopolitisme financier et ce que certains appelaient déjà le « nouvel ordre mondial ». L’antisionisme y était un réflexe souverainiste.

Aujourd’hui, ce fil a été rompu. La résistance authentique – celle qui ne transige pas – a été méthodiquement étouffée. À sa place s’est installée une droite largement inféodée au sionisme et à l’État d’Israël, tandis que l’antisionisme a migré vers une gauche radicale prisonnière de ses propres contradictions. Entre les deux, l’espace de la souveraineté nationale réelle s’est rétréci jusqu’à devenir marginal.

1 août 2026

Le nouveau projet de loi « anti-ingérences » : un arsenal contre la parole en ligne, bien au-delà de l’étranger

Le 22 juillet 2026, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a déposé au Sénat le projet de loi n° 913 relatif à la lutte contre les ingérences étrangères dans la vie démocratique. Comme pour d’autres textes sensibles (vérification d’identité sur les réseaux sociaux, par exemple), le gouvernement a engagé la procédure accélérée. L’objectif affiché : protéger la démocratie française face aux manipulations venues de l’extérieur, à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.  

Mais à y regarder de plus près, ce texte instaure un véritable arsenal de contrôle de la parole en ligne. Et le Conseil d’État lui-même, dans son avis du 16 juillet 2026, le dit sans détour : « Le projet de loi ne porte donc pas sur les seules ingérences étrangères. »

31 juil. 2026

Le soft power israélien en France : celui dont on ne parle jamais

L'articulation entre culture, mémoire et politique trouve en France un terrain particulièrement fertile. Derrière le rayonnement artistique de figures comme Serge Gainsbourg ou Gérard Darmon se dessine une stratégie d'influence plus politique, que certains qualifient de « soft power » israélien.

L'affaire Darmon : un soutien frontal à Tsahal

En mars 2024, une vidéo de Gérard Darmon en Israël a ravivé les tensions autour de ce sujet. L'acteur et chanteur y tient des propos d'un soutien explicite à l'armée israélienne :

« Vous êtes notre fierté, vous êtes notre honneur. Sans vous, on ne serait pas là Am Israël hai » ([source]).

Cette déclaration, rapportée comme une prise de position publique assumée, illustre le passage d'un soutien culturel diffus à une affirmation politique frontale, directement liée au conflit en cours.

Les Accords d’Abraham, le Sahara occidental et les leviers migratoires : réalités géopolitiques et spéculations

En décembre 2020, le Maroc a normalisé ses relations avec Israël dans le cadre des Accords d’Abraham, sous médiation américaine. En contrepartie, les États-Unis ont reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Israël a formalisé sa propre reconnaissance en juillet 2023. Ce deal a consolidé l’alliance entre Rabat et Jérusalem, avec des avancées concrètes en matière de vols directs, de cybersécurité, de coopération économique et militaire.

Le Sahara occidental reste un territoire contesté depuis le retrait espagnol de 1975. Le Maroc en contrôle l’essentiel, face au Front Polisario soutenu par l’Algérie. La majorité de la communauté internationale n’a pas suivi la reconnaissance américaine et israélienne ; beaucoup d’États s’en tiennent au processus onusien et à l’idée d’autodétermination, même si plusieurs pays européens (dont la France et l’Espagne depuis 2022) ont évolué vers un soutien au plan d’autonomie marocain de 2007, jugé « le plus sérieux, réaliste et crédible ».

30 juil. 2026

L'imposture Raphaël Glucksmann : moraliste à géométrie variable

Raphaël Glucksmann s’est réjoui, dans un tweet du 30 juillet 2026, de l’arrêté d’expulsion visant Xenia Fedorova. Il y écrit : « Xenia Fedorova est l’agent d’influence d’une tyrannie étrangère qui multiplie les opérations de déstabilisation de notre démocratie. Et les “nationalistes” qui défendent avec tant d’ardeur un pion dans la guerre hybride russe contre la France sont des patriotes de pacotille. »

Le ton est solennel, l’indignation apparente. Pourtant, ce texte révèle surtout un homme politique qui pratique l’indignation sélective avec un cynisme peu dissimulé.

Fedorova, ancienne directrice de RT France, chroniqueuse dans les médias du groupe Bolloré, est accusée par le gouvernement et par Glucksmann d’être un relais de la propagande russe. Glucksmann l’avait déjà qualifiée d’« agente russe » dès mai 2026, réclamant qu’on lui retire le micro et le titre de séjour. L’expulsion officialise ce qu’il demandait. Jusque-là, on pourrait y voir une position de principe contre les ingérences étrangères. Mais le principe s’arrête net dès que l’ingérence ne vient pas de Moscou.

La religion est politique par essence

Il est temps de le dire sans détour ni euphémisme : la religion est politique par essence. Non pas de manière accidentelle, contingente ou secondaire, mais dans ses fondements mêmes. Quelle que soit la tradition considérée – judaïsme, christianisme, islam ou d’autres formes historiques de révélation –, le message religieux porte en lui une dimension politique radicale. Il ne s’agit pas d’une simple interprétation moderne, d’une projection anachronique ou d’une lecture idéologique imposée de l’extérieur. C’est l’essence même de la prophétie, de la révélation et de l’appel à la transformation de l’homme qui est politique. Les idéologies laïques qui s’efforcent de séparer strictement le religieux du politique ne font, en réalité, que tenter d’écarter ou de neutraliser ce qui constitue le cœur du message : l’exigence de changer de comportement, d’adopter un style de vie qui modifie radicalement les rapports de pouvoir, les structures sociales et la perspective sur l’ordre du monde.

Cette affirmation n’est pas une provocation gratuite. Elle découle d’un examen attentif des textes fondateurs, de l’histoire des prophètes et de la logique interne des religions monothéistes. Les prophètes n’ont jamais été de simples contemplatifs ou des moralistes abstraits. Ils ont professé des paroles contre les tyrans, contre les idoles, contre les systèmes polythéistes et les ordres injustes de leur temps. Leur action fut révolutionnaire. Jésus de Nazareth, figure centrale du christianisme, agit comme un militant politique au sens le plus profond du terme : il s’oppose au système, prêche un Royaume qui n’est pas de ce monde tout en transformant radicalement les rapports humains ici-bas. Le sionisme contemporain, dans sa dimension politique, exprime également cette tension inhérente au judaïsme. L’islam, de même, naît et se développe comme une réforme totale de la société. Vouloir séparer religion et politique revient, souvent, à diluer le message premier – ou du moins le message le plus urgent après l’affirmation de la croyance en Dieu – qui est celui de la conversion des comportements et de la refondation de l’ordre collectif.

SNCB, déportations et « Shoah business » : jusqu’où ira la culpabilisation générationnelle ?

La Fondation Nico Gunzburg vient d’assigner en justice la SNCB et l’État belge pour le rôle des chemins de fer dans les déportations de la Seconde Guerre mondiale. Elle réclame dommages-intérêts et reconnaissance officielle de responsabilité pour les 28 convois partis de la caserne Dossin entre 1942 et 1944.

Un rapport du CegeSoma a confirmé que la SNCB de l’époque a été payée par l’occupant allemand (environ 51 millions de francs belges d’alors) et que sa direction a fait preuve d’aveuglement. Mais 80 ans plus tard, transformer cela en action en justice contre les contribuables et les usagers d’aujourd’hui relève d’autre chose.

Rachel Touitou, le langage soutenu à la télé et le « bougnoule de merde » à la maison

Rachel Touitou, intervenante régulière sur i24NEWS, la chaîne d’information israélienne francophone, a réagi à l’agression survenue le 27 juillet 2026 devant la synagogue du Perreux-sur-Marne. Un individu a arraché le collier d’une femme d’un couple juif à proximité du lieu de culte. La scène a été filmée. Une plainte a été déposée. Des médias et collectifs pro-israéliens ont immédiatement qualifié l’épisode d’acte antisémite. Rachel Touitou, elle, a choisi un autre registre : elle a publié sur X le commentaire « Bougnoule de merde », avant de le supprimer.

Le mot n’est pas ambigu. « Bougnoule » est une injure raciste classique, visant les Maghrébins et plus largement les Arabes ou musulmans. L’ajouter de « de merde » ne laisse aucun doute sur l’intention. Ce n’est pas une analyse, ce n’est pas une description factuelle du suspect visible sur les images de surveillance. C’est une insulte purement ethnique et raciale, lâchée à chaud.