Il est temps de le dire sans détour ni euphémisme : la religion est politique par essence. Non pas de manière accidentelle, contingente ou secondaire, mais dans ses fondements mêmes. Quelle que soit la tradition considérée – judaïsme, christianisme, islam ou d’autres formes historiques de révélation –, le message religieux porte en lui une dimension politique radicale. Il ne s’agit pas d’une simple interprétation moderne, d’une projection anachronique ou d’une lecture idéologique imposée de l’extérieur. C’est l’essence même de la prophétie, de la révélation et de l’appel à la transformation de l’homme qui est politique. Les idéologies laïques qui s’efforcent de séparer strictement le religieux du politique ne font, en réalité, que tenter d’écarter ou de neutraliser ce qui constitue le cœur du message : l’exigence de changer de comportement, d’adopter un style de vie qui modifie radicalement les rapports de pouvoir, les structures sociales et la perspective sur l’ordre du monde.
Cette affirmation n’est pas une provocation gratuite. Elle découle d’un examen attentif des textes fondateurs, de l’histoire des prophètes et de la logique interne des religions monothéistes. Les prophètes n’ont jamais été de simples contemplatifs ou des moralistes abstraits. Ils ont professé des paroles contre les tyrans, contre les idoles, contre les systèmes polythéistes et les ordres injustes de leur temps. Leur action fut révolutionnaire. Jésus de Nazareth, figure centrale du christianisme, agit comme un militant politique au sens le plus profond du terme : il s’oppose au système, prêche un Royaume qui n’est pas de ce monde tout en transformant radicalement les rapports humains ici-bas. Le sionisme contemporain, dans sa dimension politique, exprime également cette tension inhérente au judaïsme. L’islam, de même, naît et se développe comme une réforme totale de la société. Vouloir séparer religion et politique revient, souvent, à diluer le message premier – ou du moins le message le plus urgent après l’affirmation de la croyance en Dieu – qui est celui de la conversion des comportements et de la refondation de l’ordre collectif.