8 août 2026

Les accusations d’ingérence russe visant Attal, Philippe et Glucksmann : un ennemi bien pratique pour des candidats du système

Ces derniers jours, les autorités françaises (SGDSN, Viginum) et les intéressés eux-mêmes ont multiplié les annonces : Édouard Philippe, Raphaël Glucksmann puis Gabriel Attal auraient été la cible d’opérations de désinformation attribuées à des réseaux pro-russes (Storm-1516 lié au GRU pour les deux premiers, Matriochka pour le troisième). Fausses unes de médias, rumeurs de santé (Parkinson pour Attal, démence pour Philippe), deepfake imitant Blast et la voix d’Edwy Plenel pour salir Glucksmann et Léa Salamé… Le schéma est désormais classique. À huit mois de la présidentielle 2027, on nous promet déjà « des ingérences massives ».

La rédaction se pose une question simple : quelle est réellement la pertinence de ce type d’ingérence ?

Ces trois personnalités relèvent clairement de la catégorie « candidats du système, par le système, pour le système ». Leur base populaire reste limitée. Édouard Philippe a connu un flop notable lors de son meeting à Rouen en fin d’année scolaire, avec une affluence relativement faible. Raphaël Glucksmann, que nous avions déjà analysé dans notre article « Raphaël Glucksmann ou la déstabilisation d’un non-candidat au charisme de pneu crevé », continue de peiner à incarner autre chose qu’une figure médiatique et européenne. Quant à Gabriel Attal, jeune premier issu des mêmes cercles que Macron, celui à qui l’on a facilité l’accès aux diplômes des grandes écoles pour camoufler une inaptitude totale à remplir une fonction d’État… Il n’en faut pas davantage pour comprendre le tableau.

Dans ces conditions, viser spécifiquement ces profils par des opérations de désinformation grossières apparaît paradoxal. Deux lectures s’imposent.

La première : classifier clairement dans l’esprit général un « ennemi russe » bien identifié. Ces campagnes, même à faible audience (quelques milliers de vues selon les services), permettent de dramatiser la menace étrangère et de ressouder autour de la défense de la « démocratie » et de l’ordre établi. On désigne le Kremlin comme le grand déstabilisateur, ce qui occulte les questions plus gênantes sur l’usure du personnel politique en place et sur le fonctionnement réel de la république oligarchique.

La seconde : offrir à ces candidats une promotion gratuite, indépendamment de leur campagne officielle (quand il y en a une). Chaque dénonciation publique, chaque conférence de presse, chaque message sur les réseaux devient une occasion de se poser en victime courageuse d’une puissance hostile. C’est un accélérateur de notoriété à moindre coût, particulièrement utile pour des figures qui peinent à mobiliser au-delà de leurs cercles.

Le mécanisme idéologique de cette république oligarchique apparaît ici dans toute sa fragilité : il recourt à des méthodes grossières pour obtenir des résultats. Et le pire constat reste de constater qu’une partie significative de la population accorde encore du crédit à ce type d’aboiements et de gesticulations. On transforme des opérations de désinformation rudimentaires en grand récit de la démocratie assiégée, pendant que les vrais enjeux de fond – légitimité populaire, usure des élites, fracture démocratique – passent au second plan.

Ces accusations existent, les attributions des services français sont claires, et la Russie n’a jamais fait mystère de ses capacités en matière d’influence informationnelle. Mais quand les cibles principales sont précisément ceux qui incarnent le moins le renouvellement politique et le plus la continuité du système, la pertinence stratégique de l’opération, du point de vue russe, mérite d’être interrogée. Ou alors, peut-être, n’est-ce pas uniquement du côté de Moscou qu’il faut chercher les bénéfices.

La Rédaction du National Émancipé 

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