Une affirmation disproportionnée
Personne de ne conteste, au contraire même, l'influence majeure des Juifs européens à la science, à la culture, à la pensée et à l’économie modernes.
Mais passer de là à affirmer que « l’histoire des Juifs est l’histoire de l’Europe » ou que l’Europe «est» les valeurs du Talmud relève de l’hyperbole politique. L’Europe s’est construite, pendant plus de quinze siècles, sur un socle chrétien : institutions, droit, universités, art, calendrier, éthique sociale, conception de la personne, de la charité et de la dignité humaine. Le monachisme, la scolastique, la réforme, la Contre-Réforme, les universités médiévales, le droit canon, l’humanisme chrétien, ont façonné le continent de manière autrement plus structurante que le Talmud, texte central du judaïsme rabbinique mais resté largement extérieur à la culture majoritaire européenne jusqu’à une période récente.
Pourquoi pas d’abord les valeurs chrétiennes ?
La question se pose avec d’autant plus de force que les institutions européennes évitent soigneusement, depuis des décennies, de reconnaître explicitement les racines chrétiennes de l’Europe, quand elles ne favorisent pas leur destruction. Le débat sur le préambule de la Constitution européenne l’a illustré de façon caricaturale : on a longuement hésité à mentionner le christianisme, tout en multipliant les hommages au « patrimoine juif ». Cette asymétrie n’est pas anodine.
Le christianisme a fourni à l’Europe :
- l’idée de la personne créée à l’image de Dieu et dotée d’une dignité inaliénable ;
- la notion de loi naturelle et de limite morale au pouvoir ;
- l’institutionnalisation de la charité et de l’aide aux plus faibles ;
- le cadre intellectuel dans lequel la science moderne a pu émerger (malgré les conflits ponctuels) ;
- la structure même de la plupart des États et des sociétés européennes pendant plus d’un millénaire.
Le judaïsme a transmis à l’Europe, principalement via le christianisme, le monothéisme éthique et une partie de l’héritage biblique. C’est une contribution réelle et fondamentale. Mais le Talmud, corpus de discussions rabbiniques postérieures à la destruction du Second Temple, n’a jamais constitué le référentiel moral ou juridique de la société européenne. L’invoquer comme matrice de « l’Europe » revient à inverser les proportions historiques.
Une mémoire sélective
Ces déclarations s’inscrivent dans une stratégie mémorielle post-Shoah, l’Europe a voulu réintégrer le judaïsme dans son récit et marquer une rupture morale. Cela n’autorise pas pour autant une forme de surenchère symbolique qui minimise ou relativise le rôle du christianisme.
Il est également permis de s’interroger sur le contexte politique. Dans une Union européenne confrontée à des questions d’identité, d’immigration et de cohésion culturelle, insister sur les « valeurs juives » tout en restant timide sur les racines chrétiennes peut apparaître comme un choix idéologique. Certains y voient une manière de promouvoir une Europe « post-chrétienne » qui se redéfinit autour de références minoritaires, tout en évitant de nommer ce qui a réellement formé le socle civilisateur du continent. Quand à l'idéologie sioniste et son lobby, nul besoin d'en faire mention ici tant il est évident que son influence pourrait aussi être l'origine de ces propos et de cette vision de l'Europe.
Conclusion
Présenter le Talmud comme source principale des valeurs européennes, est excessif et historiquement contestable. Si l’on doit parler de racines, l’honnêteté intellectuelle commande de commencer par ce qui a structuré l’Europe pendant des siècles : le christianisme, avec tout ce qu’il a apporté, y compris sa capacité à reformer l’héritage juif biblique.
Une Europe qui célèbre sélectivement certaines contributions tout en relativisant la sienne propre finit par se méconnaître. La lucidité historique exige mieux que des formules solennelles destinées à plaire à un moment donné.
La Rédaction du National Émancipé

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