Selon le communiqué du FSB, Telegram aurait refusé de supprimer des canaux, chats et robots utilisés par les services spéciaux ukrainiens — ainsi que par des organisations qualifiées de terroristes ou extrémistes — pour préparer et coordonner des actes de sabotage, des attentats, des massacres et des cyberfraudes sur le territoire russe. L’enquête met particulièrement en cause un robot de rencontres populaire, « Diver / Leo » (ou Dayvinchik), déjà inscrit au registre des contenus interdits. Moscou affirme que ce bot aurait servi à recruter de jeunes Russes : 46 personnes âgées de 12 à 22 ans auraient été arrêtées depuis juillet 2025 dans seize régions pour agressions contre les forces de l’ordre et actes de sabotage.
Cette accusation intervient dans un contexte de pression croissante du Kremlin contre la plateforme, très utilisée en Russie comme en Ukraine. Telegram compte plus d’un milliard d’utilisateurs et reste l’un des rares espaces numériques encore difficilement contrôlables par les autorités russes. Depuis le début de la guerre en Ukraine, Moscou multiplie les tentatives de restriction, de ralentissement du trafic et de promotion d’applications concurrentes plus dociles.
Pavel Durov, qui a quitté la Russie en 2014 après avoir cédé le contrôle de VKontakte sous pression, se retrouve ainsi pris en tenaille. Déjà mis en examen en France en 2024 pour défaut de coopération face à des contenus criminels sur sa messagerie, il est soumis à un contrôle judiciaire qui lui interdit de quitter le territoire sans autorisation. L’avis de recherche russe s’ajoute désormais à ce contentieux franco-russe.
Au-delà du cas personnel de Durov, cette affaire illustre une tendance plus large : l’utilisation de l’accusation de « terrorisme » comme outil de pression contre les plateformes numériques qui refusent de se plier aux exigences des États en matière de surveillance et de censure. Que ce soit à Moscou, à Paris ou ailleurs, les États cherchent à imposer leur contrôle sur les flux d’information sous couvert de sécurité. Telegram, qui se présente comme un bastion de la liberté d’expression et du chiffrement, se trouve une nouvelle fois au centre de ces conflits de souveraineté numérique.
Pour l’instant, ni Pavel Durov ni Telegram n’ont réagi officiellement à cette inculpation. L’issue de cette procédure dépendra autant des relations diplomatiques que de la capacité de la plateforme à résister aux pressions croisées des grandes puissances.
La Rédaction du National Emancipé

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