L’extrême droite, elle, a historiquement été bien plus ambivalente, souvent critique d’Israël, parfois ouvertement pro-palestinienne et anti-impérialiste. C’est ce contraste, et le renversement opéré depuis une quinzaine d’années, qu’il faut clairement exposer.
La droite classique : une continuité soft sioniste
L’extrême droite historique : plutôt pro-palestinienne et anti-sioniste
Du côté de l’extrême droite, le tableau a longtemps été très différent.
Dans les années 1960-1970, une frange importante des nationalistes-révolutionnaires a développé un antisionisme explicitement pro-palestinien. François Duprat, idéologue influent du Front national naissant et négationniste, a joué un rôle central. Il a créé des structures de soutien à la cause palestinienne et cultivé des liens avec des mouvements de libération palestiniens. Pour ces courants, Israël était perçu comme un avant-poste de l’impérialisme américain et du « sionisme international », tandis que les Palestiniens incarnaient une résistance nationale et anti-occidentale.
Des militants d’extrême droite ont même combattu aux côtés des Palestiniens. Roger Coudroy, nationaliste-révolutionnaire, est mort en 1968 en combattant avec le Fatah. Des groupes comme Jeune Europe ou le GUD ont, à certaines périodes, affiché une sympathie pour la cause palestinienne, teintée d'antisionisme et d’anti-américanisme.
Jean-Marie Le Pen lui-même a oscillé. Dans les années 1960-1970, certains cadres du FN (notamment issus de l’Algérie française) voyaient Israël comme un modèle d’implantation occidentale. Mais à partir des années 1980-1990, le discours du FN est devenu nettement plus critique. Pendant la guerre du Golfe (1990-1991), Jean-Marie Le Pen a défendu une « solution exclusivement arabe » et s’est positionné contre l’intervention occidentale, ce qui l’a rapproché de positions pro-arabes. L'antisionisme structurel du parti nourrissait naturellement une hostilité à Israël.
Jusqu’aux années 2000, l’extrême droite française restait donc majoritairement éloignée d’un soutien franc à l'état juif. Une partie d’entre elle se revendiquait anti-impérialiste et pro-palestinienne, dans une logique de combat contre les États-Unis et contre ce qu’elle appelait le « lobby sioniste ».
Le renversement sous Marine Le Pen
À partir de 2011, Marine Le Pen engage la « dédiabolisation ». "L’antisémitisme traditionnel" est officiellement condamné, le père est exclu, et l’ennemi principal devient l’islamisme et l’immigration musulmane. Dans ce nouveau cadre, Israël change de statut : il n’est plus l’adversaire, mais l’allié objectif face à un même ennemi.
Après les attentats de 2015, puis surtout après le 7 octobre 2023, le Rassemblement national adopte une position clairement pro-israélienne. Marine Le Pen et Jordan Bardella condamnent sans ambiguïté le Hamas, affirment le droit d’Israël à se défendre, participent aux marches contre l’antisémitisme et se présentent comme un « bouclier » pour les Juifs de France. Le parti critique désormais les manifestations pro-palestiniennes et accuse la gauche radicale de complaisance envers le terrorisme.
Éric Zemmour et Reconquête vont plus loin encore, en inscrivant le conflit dans une lecture civilisationnelle : Israël combattrait « le même combat » que la France face à l’islamisme.
Ce basculement n’est pas idéologique au sens d’un attachement profond au projet sioniste historique. Il est stratégique : remplacer l'antisionisme par l’islamophobie comme moteur identitaire, se normaliser, et se démarquer de La France insoumise. Mais le résultat est net. L’extrême droite qui, pendant des décennies, avait été en majorité critique d’Israël ou pro-palestinienne, est devenue majoritairement pro-israélienne ou soft sioniste.
En résumé
- La droite classique a toujours été, dans l’ensemble, pro ou soft sioniste (soutien passif, mesuré, sans hystérie).
- L’extrême droite historique (FN de Jean-Marie Le Pen, nationalistes-révolutionnaires) a longtemps été, dans ses courants dominants, critique d’Israël, parfois explicitement pro-palestinienne et anti-impérialiste.
- Depuis Marine Le Pen, et de façon accélérée après 2015 puis 2023, cette extrême droite a basculé vers un soutien assumé à Israël, souvent sous une forme soft sioniste ou plus affirmée.
Ce changement est l’un des plus clairs de la recomposition politique française de ces vingt dernières années.
La Rédaction du National Émancipé

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