31 juil. 2026

Le soft power israélien en France : celui dont on ne parle jamais

L'articulation entre culture, mémoire et politique trouve en France un terrain particulièrement fertile. Derrière le rayonnement artistique de figures comme Serge Gainsbourg ou Gérard Darmon se dessine une stratégie d'influence plus politique, que certains qualifient de « soft power » israélien.

L'affaire Darmon : un soutien frontal à Tsahal

En mars 2024, une vidéo de Gérard Darmon en Israël a ravivé les tensions autour de ce sujet. L'acteur et chanteur y tient des propos d'un soutien explicite à l'armée israélienne :

« Vous êtes notre fierté, vous êtes notre honneur. Sans vous, on ne serait pas là Am Israël hai » ([source]).

Cette déclaration, rapportée comme une prise de position publique assumée, illustre le passage d'un soutien culturel diffus à une affirmation politique frontale, directement liée au conflit en cours.

Gainsbourg et la « chanson aux oubliettes »

L'histoire de Serge Gainsbourg offre un précédent éclairant. En 1967, à la demande de l'ambassade d'Israël à Paris, il compose Le Sable et le soldat, un titre destiné à galvaniser le moral des soldats de Tsahal à la veille de la Guerre des Six Jours ([source]).

Les paroles sont sans équivoque :

« Oui, je défendrai le sable d'Israël, la terre d'Israël, les enfants d'Israël ; Quitte à mourir pour le sable d'Israël » ([source]).

La maquette, enregistrée dans la nuit du 4 juin 1967, est acheminée vers Tel Aviv. Mais dès le lendemain éclate la guerre. Faute de temps pour une traduction en hébreu, c'est la version française, chantée par Gainsbourg, qui est diffusée une unique fois sur la radio publique israélienne, avant d'être remisée aux archives.

Un héritage ambigu et une mémoire familiale

De son vivant, Gainsbourg cultiva l'ambivalence. En 1982, il déclarait : « Me battre pour mes origines juives ? Pourquoi pas, mais je ne vois pas où… moi, je suis un ashkénaze, je ne suis pas un mec d'Israël » ([source]). Pourtant, en 1984, il revient sur la chanson : « Oui, j'ai failli y aller si ça tournait mal » ([source]).

Sa famille, aujourd'hui, s'efforce d'occulter ce titre. Jacqueline, sa sœur, confie : « Il ne serait pas venu à l'idée de son frère de se réclamer de l'histoire d'Israël » ([source]). Le Sable et le soldat ne figure sur aucune intégrale, et reste « tué dans la plupart des biographies » ([source]).

Un traitement différencié des influences étrangères ?

L'évocation de ces artistes nourrit une interrogation récurrente : pourquoi le « soft power » israélien bénéficie-t-il d'une telle mansuétude en France, quand la moindre influence russe est systématiquement traquée, y compris chez les réfugiés politiques ?

La spécificité du lien franco-israélien, nourri par la mémoire de la Shoah et un ancrage religieux, agit comme un bouclier symbolique. La critique de cette influence est souvent rapidement taxée d'antisémitisme, rendant le débat plus difficile et créant un sentiment d'impunité qui contraste avec la vigilance affichée face à d'autres puissances.

L'actualité de la vidéo de Gérard Darmon, combinée à l'histoire revisitée de la chanson de Gainsbourg, met en lumière une stratégie d'influence protéiforme, où l'art et la culture deviennent les vecteurs discrets mais efficaces d'une idéologie politique.

La Rédaction du National Émancipé 

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