Cette mise au point n’est pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans une longue série d’actions où Paris, au nom de principes universels proclamés, cherche à peser sur les choix politiques, sociaux et culturels d’un État souverain. Soutenir la « société civile » devient le label commode d’une diplomatie d’influence qui ignore la Convention de Vienne de 1961 et le principe fondamental de non-ingérence. Quand deux diplomates français sont interpellés après des contacts jugés incompatibles avec leur statut, Téhéran rappelle simplement les règles : un diplomate n’est pas un agent politique libre d’agir dans le pays d’accueil comme sur un terrain de manœuvre.
Du point de vue d’une ligne indépendante, cette affaire révèle une constante. Les puissances occidentales, France en tête, continuent de traiter certaines nations comme des espaces ouverts à leur tutelle morale et politique. L’Iran, pays millénaire, détenteur d’une civilisation propre et d’une volonté affirmée de décider de son destin, refuse ce statut. Exiger des excuses et l’arrêt des ingérences n’est pas de l’agressivité ; c’est la défense élémentaire de la souveraineté. Aucun État digne de ce nom n’accepterait que des agents étrangers organisent, sous couvert diplomatique, des réseaux d’influence sur son territoire.
La réponse française, qui parle d’« intimidation » et convoque en retour le chargé d’affaires iranien, relève du même double standard. On s’indigne quand l’Iran fait respecter ses lois et ses frontières, mais on justifie sans réserve les pressions, sanctions et campagnes d’opinion menées depuis l’extérieur. Cette posture alimente les tensions au lieu de les réduire. Elle transforme les relations bilatérales en terrain d’affrontement permanent et empêche toute perspective de normalisation.
Une ligne indépendante et réaliste commande l’inverse : la paix immédiate avec l’Iran. Paix fondée sur le respect mutuel des souverainetés, non sur la soumission d’un camp à l’autre. Cela signifie cesser les opérations de « soutien » qui ne sont que des outils de déstabilisation, renoncer aux lectures manichéennes qui réduisent l’Iran à un régime à abattre, et rouvrir des canaux de dialogue sérieux sur les questions d’intérêt commun — sécurité régionale, énergie, échanges économiques — sans conditions politiques préalables qui nient le droit d’un peuple à s’organiser comme il l’entend.
La France a tout à gagner à abandonner la posture du donneur de leçons. L’Iran n’est ni une colonie ni un protégé. C’est un acteur régional majeur dont l’isolement forcé n’a produit que rancœurs et instabilité. Reconnaître ce fait, présenter les excuses demandées pour les ingérences constatées et engager sans délai une diplomatie de respect mutuel serait un acte de lucidité nationale. La souveraineté des autres n’est pas une menace pour la nôtre ; c’est la condition d’un ordre international viable.
L’Iran a parlé. À la France de choisir : poursuivre la voie de l’ingérence ou celle de la paix.

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