3 juil. 2026

Quand un ancien chef d’État valide le complot qu’il est censé combattre


Le 11 juin 2025, lors d’un événement organisé par le Jewish News Syndicate (JNS), l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak a prononcé une phrase qui aurait dû faire l’effet d’une bombe politique. Constatant que la génération Z a une image défavorable d’Israël, il a déclaré : « Les maîtres de l’univers… ce sont les Juifs ! Nous avons Goldman, nous avons Zuckerberg, nous avons Sergey Brin, nous avons tout le groupe… Nous avons tout le secteur des médias en général, nous avons Jan Koum… c’est nous. »


Un discours qui coche toutes les cases du complotisme

Si ces mots étaient sortis de la bouche d’un responsable politique français, américain ou russe non juif, le tollé aurait été immédiat. On aurait parlé de « rhétorique antisémite », de « théorie du complot », de « stéréotype du Juif manipulateur des médias et de la finance ». Car c’est exactement cela : l’idée d’un groupe ethnique ou religieux qui, de manière coordonnée et secrète, contrôlerait les leviers du pouvoir mondial pour servir ses intérêts est le cœur même des Protocole des Sages de Sion à la propagande antisémite contemporaine.

Or ici, c’est un ancien chef de gouvernement, un homme qui a porté la responsabilité d’un État, qui reprend cette structure narrative à son compte. Il ne la dénonce pas : il la revendique. Il ne dit pas « on nous accuse à tort de contrôler le monde » ; il dit « oui, nous contrôlons les médias et la finance, et nous allons utiliser ce pouvoir pour gagner la guerre numérique ».

Un aveu qui dessert Israël plus qu’il ne le sert

Le problème ici est la forme communautaire de l’argument. Barak n’appelle pas les diplomates ou les communicants israéliens à mieux travailler : il appelle les Juifs du monde entier, en tant que Juifs, à utiliser leur position dans les grandes entreprises technologiques pour « faire gagner la vérité ». Ce faisant, il valide exactement le récit que les ennemis d’Israël  répètent depuis des décennies : celui d’une cinquième colonne juive mondiale, loyale à Israël avant tout, infiltrée dans les médias et la tech pour contrôler l’information.

Un double standard intenable

Si un homme politique non juif disait : « Les Juifs contrôlent les médias, il faut les contrer », il serait immédiatement exclu de la vie publique. Mais quand c’est un Juif, un Israélien, un ancien Premier ministre qui dit : « Les Juifs contrôlent les médias, et c’est une bonne chose, utilisons-le », on hésite, on relativise, on dit qu’il « galvanise son auditoire ». Ce double standard est intenable. Soit le constat est faux, et alors Barak propage un mensonge dangereux. Soit le constat est vrai, et alors il confirme que l’accusation de l'antisémitisme politique est fondée. Dans les deux cas, il place Israël et la communauté juive dans une position très spécifique.

Un cadeau à ses adversaires

Ehud Barak a sans doute voulu rassurer son auditoire, lui dire : « Ne vous inquiétez pas, nous avons les moyens de nous défendre. » Mais en choisissant les mots du complot pour le dire, il a offert à tous les conspirationnistes du monde la preuve qu’ils cherchaient : la confirmation, par la bouche même d’un dirige

La Rédaction du National Emancipé

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