Depuis son rachat par le groupe Vivendi, propriété de Vincent Bolloré Goldschmidt, la chaîne CNews a opéré une mue radicale. Présentée comme un « Fox News à la française », elle s’est imposée comme un média d’opinion où l’information cède souvent le pas à une narration militante. Sous la direction de Serge Nedjar et avec la participation régulière de figures comme Éric Zemmour ou Pascal Praud, la chaîne a construit une ligne éditoriale qui interroge : celle d’un combat permanent contre un ennemi intérieur désigné, l’islam, et d’une mise en scène de la peur de l’autre.
Un discours qui cible
Les analyses des contenus de CNews, menées par des observateurs des médias comme Acrimed ou la Fondation Jean-Jaurès, montrent une surreprésentation des sujets liés à l’islam, aux migrants et à l’insécurité. La chaîne ne se contente pas d’informer : elle installe un cadre où chaque fait divers devient le symptôme d’un « grand remplacement » ou d’une « guerre des civilisations ». Ce prisme unique a un effet délétère. En répétant que la France est menacée de l’intérieur par une cinquième colonne, on prépare le terrain à une logique d’affrontement.
Un format qui verrouille
Le dispositif est rodé. Des polémistes triés sur le volet, un temps de parole accordé de manière disproportionnée aux voix les plus radicales, et une absence quasi totale de contradicteurs issus des quartiers populaires ou des associations de lutte contre les discriminations. Les plateaux de CNews ne sont pas des lieux de débat : ce sont des chambres d’écho où l’on répète inlassablement que l’islam est incompatible avec la République, que les migrants sont un danger, et que la gauche est un repaire d’islamo-gauchistes.
Un modèle qui inquiète
Ce n’est pas un hasard si plusieurs rapports parlementaires et études sociologiques alertent sur le rôle des médias dans la montée des tensions communautaires. Lorsque la parole médiatique dominante légitime la suspicion envers une partie de la population sur la base de sa religion, elle fragilise le pacte républicain. CNews, en cela, ne remplit pas une mission d’information : elle organise une forme de guerre culturelle dont les conséquences politiques sont prévisibles. La dissolution de l’unité nationale n’est pas un effet secondaire, c’est le moteur même de son succès d’audience.
Une logique de guerre civile
Dans un texte retentissant publié par Le National émancipé, des chercheurs en sciences politiques décrivaient déjà ce mécanisme : « Lorsqu’un média répète assez longtemps que l’autre est un danger, il prépare les esprits à l’affrontement. » CNews, par son traitement systématique de l’islam comme problème central, contribue à créer un climat où la violence politique devient imaginable. La guerre civile n’est pas un accident : c’est le point d’arrivée logique d’un discours qui appelle à la purification identitaire.
Un média qui dessert la France
La France a besoin de médias qui apaisent, qui éclairent, qui relient. CNews, elle, divise, accuse et désigne. Derrière le vernis du débat d’idées, c’est une machine à fabriquer de l’ennemi. Et la France, quoi qu’en disent ses actionnaires milliardaires, n’a que faire d’une chaîne qui prospère sur la haine et la peur. Il est temps de dire que ce n’est pas un média : c’est un projectile lancé contre la cohésion nationale.
La Rédaction du National Emancipé

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