L’humour ? Quel humour ?
Sophia Aram se voit drôle. Très drôle, même. Elle manie l’ironie comme d’autres manient la truelle : lourdement, sans finesse, avec une constance qui frise l’acharnement. Comparez-la à un **Akim Omiri** (Hakim Omiri), ce stand-uppeur qui, malgré ses positions clivantes, sait manier le rythme, le verbe et le punch. Ou, dans un autre registre plus sulfureux, à un Dieudonné des débuts : provocateur, capable de faire salle comble en jouant sur les nerfs de la société. Sophia Aram, elle, c’est le niveau en dessous. Des chroniques où l’on sent le calcul éditorial plus que l’inspiration. Pas de talent brut, juste une ligne éditoriale bien huilée qui passe pour de l’humour auprès de ceux qui partagent déjà ses vues. Le public qui rit vraiment ? Souvent celui qui applaudit par conformisme plus que par hilarité. Les commentaires sur ses vidéos parlent d’eux-mêmes : « gênance stratosphérique », « pas grand-chose dans la bouche ».
Entrisme pro-laïcité (version très sélective)
Sophia Aram se pose en défenseure farouche de la laïcité. Noble combat, en théorie. Sauf que chez elle, ça sent souvent l’entrisme pro-sioniste assumé. Critiques virulentes contre l’islam politique, silence relatif ou relativisation sur d’autres dérives, et un positionnement systématique pro-Israël qui frise la ligne éditoriale. Elle dénonce l’antisémitisme de l’extrême gauche (LFI en tête), moque les flottilles pour Gaza, s’en prend à Rima Hassan (« Lady Gaza »), Blanche Gardin ou Aymeric Caron. Dans un pays où la question palestinienne divise profondément, elle choisit son camp avec une constance de métronome.
C’est là que le jeu de mots s’impose : **Aram** sonne comme **haram**. En arabe, *haram* signifie interdit, illicite, sacrilège. Et son « humour » est précisément cela pour une partie de la population : haram. Interdit de rire quand on sent la condescendance, le mépris de classe et la diabolisation systématique des musulmans (pas seulement des islamistes). Elle critique « les musulmans comme d’habitude » ? Non, elle cible surtout l’islam politique, mais le ton général participe largement à l’amalgame que ses détracteurs lui reprochent – et qu’elle assume en retour.
La grande division nationale
Le plus problématique reste son influence. Sophia Aram participe activement à la fragmentation du peuple français. D’un côté, elle flatte une droite laïcarde et une partie de la gauche républicaine enragée contre l’islamisme. De l’autre, elle alimente le ressentiment chez ceux qui voient dans ses chroniques une stigmatisation permanente. Résultat : plus de dialogue, plus de nuances, juste du combat de tranchées médiatique. Elle accuse l’extrême gauche d’alimenter la colère que l’extrême droite recycle, tout en occupant elle-même un créneau qui polarise à fond.
En 2024-2025, ses interventions sur Gaza, l’antisémitisme et la gauche « woke » ont fait d’elle une figure clivante. Récompensée par le milieu culturel et médiatique dominant, elle incarne parfaitement cette élite qui rit jaune en défendant « les valeurs républicaines » tout en creusant le fossé. Son influence négative ? Elle banalise une forme de radicalité anti-musulmane sous couvert d’humour, pendant que la société française se fracture un peu plus chaque chronique.
Sophia Aram n’est pas la cause de tous les maux, loin de là. Mais elle en est un symptôme criant : celui d’une « humouriste » institutionnelle qui a troqué le rire libérateur contre le sermon moralisateur. Haram, vraiment. Et pas qu’un peu. Le public mérite mieux que ce monde d’après où le seul rire autorisé est celui qui valide la ligne du jour.
Si elle lit ces lignes : retourne sur scène, Sophia. Et essaie, pour une fois, de faire vraiment rire – sans agenda. On attend toujours.
La rédaction du National Emancipé

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