Financée et promue dans l’empire Bolloré (avec une avant-première au cinéma Le Mac-Mahon, propriété du milliardaire), cette production s’inscrit clairement dans un dispositif médiatique au service d’une ligne politique. Nous ne porterons pas ici de jugement sur la qualité du tournage ou du produit audiovisuel en tant que tel – un article ultérieur se concentrera sur une critique concrète des arguments historiques et factuels avancés dans la série elle-même
. Nous nous focalisons pour l’instant sur l’aspect propagande et sur les intérêts qu’elle sert.Mécanismes de propagande et financement Bolloré
Le livre original développe une thèse décliniste : les élites post-Mai 68 auraient orchestré le « suicide » de la France par déconstruction de l’autorité, de la famille, de l’État-nation, via l’immigration, l’Europe et le droit-de-l’hommisme. La série amplifie cela par le montage d’archives, l’émotion nostalgique et la répétition d’un récit simple opposant un « avant » glorieux à un « après » chaotique.
Ce qui frappe surtout est le contexte de production : directement commandée et supervisée dans l’orbite Bolloré, cette œuvre bénéficie des moyens d’un grand groupe industriel et médiatique. Vincent Bolloré n’en est pas à son coup d’essai en matière d’influence éditoriale et audiovisuelle. La série s’inscrit dans une stratégie plus large où médias et contenus servent à façonner le débat public, notamment en vue de l’échéance présidentielle de 2027. Des syndicats internes à Canal+ l’ont d’ailleurs dénoncée comme un accompagnement communicationnel en faveur d’un candidat.
Les angles privilégiés et les silences stratégiques
La propagande de la série met l’accent sur :
- La dénonciation virulente de l’immigration de masse comme cause principale du déclin, présentée comme une fatalité culturelle ou une folie idéologique.
- Une focalisation sur un « islam » dépeint comme incompatible, servant de repoussoir commode.
Or, ces thèses occultent régulièrement des réalités structurelles que nous dénonçons régulièrement : l’immigration de masse a été et reste une volonté politique assumée par les élites économiques et politiques, étroitement liée aux besoins de l’industrie (main-d’œuvre bon marché) et de la finance (pression à la baisse sur les salaires, consommation élargie, division du prolétariat). Elle s’accompagne de l’exploitation systématique de la misère des pays d’origine, dans un système migratoire qui profite aux grands groupes tout en générant des coûts sociaux externalisés sur les classes populaires françaises.
Quant à la lutte contre un « islam radical » mise en avant, elle apparaît parfois comme un vecteur commode qui évite d’interroger d’autres formes d’influence extérieure. Des observateurs critiques y voient un entrisme sioniste ou pro-israélien assumé chez Zemmour et dans certains cercles qui l’entourent : focalisation exclusive sur l’islam comme menace existentielle, tout en minimisant ou alignant le discours sur d’autres puissances étrangères et lobbies qui pèsent sur la politique française (notamment en matière de géopolitique proche-orientale ou de souveraineté économique).
Cette sélection narrative transforme une analyse historique en outil de diversion : le « suicide français » serait avant tout culturel et migratoire, rarement le résultat de choix économiques globaux, de délocalisations massives, de financiarisation outrancière ou de soumissions géopolitiques.
Propagande efficace au service d’un projet ?
En rendant visible et émotionnelle une thèse orientée, la série vise à convaincre un public large, frustré par le déclin réel du pays (insécurité, désindustrialisation, perte d’identité). Elle désigne des coupables commodes (68ards, élites « mondialisées », immigrés) tout en protégeant d’autres acteurs du système : les grands industriels, les logiques de profit transnationales et certaines influences étrangères non islamiques.
C’est la marque classique d’une propagande qui ne dit pas tout à fait faux (le malaise culturel et identitaire existe), mais oriente le diagnostic pour mieux canaliser la colère populaire loin des causes économiques et financières profondes. Financée par Bolloré, elle renforce un récit nationaliste qui, paradoxalement, s’accommode souvent des structures du capitalisme mondialisé qu’il prétend combattre.
Conclusion: Cette série est un exemple abouti de propagande historique moderne, amplifiée par les moyens d’un empire médiatique. Elle sert des intérêts que beaucoup dénoncent : diversion sur l’immigration comme bouc émissaire principal, instrumentalisation d’une critique sélective de l’islam, et alignement sur des réseaux d’influence (dont l’entrisme sioniste évoqué) qui ne remettent pas en cause le cœur du système économique et financier responsable de la mise en concurrence des peuples.
Nous préparerons prochainement un article plus détaillé sur la série elle-même, avec une critique concrète et factuelle des arguments avancés épisode par épisode. Le spectateur averti doit conserver son esprit critique : derrière les archives émouvantes se cache toujours une grille de lecture politique, jamais la neutralité historique. La bataille des idées se joue aussi sur ce terrain.
La Rédaction du National Emancipé

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