16 juin 2026

Islamophobie : L’arbre Daesh qui cache la forêt wahhabite

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, et plus encore depuis l’émergence de Daech en 2014, l’islam est présenté en Occident comme une religion intrinsèquement violente et incompatible avec les valeurs modernes. Cette narrative simpliste et explosive a nourri une islamophobie rampante, particulièrement en France et en Europe. Pourtant, une analyse rigoureuse des faits historiques, géopolitiques et financiers révèle un mécanisme bien plus cynique et orchestré : le terrorisme islamiste n’est pas une éruption spontanée de la foi musulmane, mais le résultat d’un investissement stratégique massif sur plusieurs décennies, financé par les pétrodollars wahhabites et, dans certains cas, instrumentalisé par des puissances occidentales pour servir des intérêts précis
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Les racines du mal : le wahhabisme, une secte devenue religion d’État

Pour comprendre le terrorisme actuel, il faut remonter au XVIIIe siècle, dans le Najd, au cœur de l’Arabie. C’est là que naît le wahhabisme, doctrine prônée par Mohammed Ibn Abdelwahhab. Ce courant, perçu comme une secte extrémiste par la grande majorité des musulmans sunnites (hanafites, malékites, chaféites, soufis) et chiites, se distingue par un littéralisme rigide, un rejet violent des autres écoles islamiques, qualifiées d’« innovations » ou de polythéisme, et une théologie intolérante justifiant la violence contre les « impurs ».

En 1932, Abdelaziz Ibn Saoud unifie la péninsule arabique en s’alliant étroitement avec cette mouvance. Le pacte est clair : le pouvoir politique saoudien garantit la propagation mondiale du wahhabisme, tandis que les religieux lui confèrent une légitimité islamique. Avec le choc pétrolier des années 1970, l’Arabie Saoudite dispose soudain de milliards de dollars. Une campagne prosélytiste sans précédent s’engage : construction de milliers de mosquées, formation et envoi d’imams, distribution massive de Corans annotés dans la version wahhabite, création de chaînes de télévision et d’organisations « caritatives ». L’objectif ? Éclipser l’islam traditionnel, pluraliste, tolérant et enraciné dans les cultures locales, au profit d’un islam sectaire, politisé et potentiellement violent. Ce « Petro-Islam » a littéralement inondé le monde musulman et les diasporas occidentales.

Daech : un monstre fabriqué ou toléré en Occident ?

L’affaire du « Daeshgate », bien que systématiquement minimisée ou ridiculisée par les médias dominants, s’appuie sur des documents et témoignages concordants. Des rapports déclassifiés du Pentagone et de la Defense Intelligence Agency (DIA, 2012) indiquent que les services de renseignement occidentaux (États-Unis, Royaume-Uni, France) ont soutenu, armé et financé des groupes djihadistes en Syrie dès 2011, dans le but prioritaire de renverser Bachar el-Assad. Des flux d’armes issus de Libye ont transité vers les rebelles, profitant largement aux factions les plus radicales. Des emails de Hillary Clinton révélés par WikiLeaks confirment que Washington était parfaitement informé du soutien clandestin de l’Arabie Saoudite et du Qatar à des groupes radicaux sunnites, dont ceux qui ont formé l’ossature de Daech.

Des figures clés de l’État islamique, comme Abou Bakr al-Baghdadi, ont transité par des prisons irakiennes sous supervision américaine après 2003. Des enquêtes de journalistes critiques comme Seymour Hersh ou John Pilger, ainsi que des analyses issues de sources comme le « Livre noir de Daech » de Nibras Kazimi, mettent en lumière comment des réseaux wahhabites, soutenus par les pétromonarchies, ont été utilisés comme supplétifs géopolitiques par l’Occident. 

Pourquoi un tel cynisme ? Un islam radical, spectaculaire et sanguinaire sert à merveille plusieurs objectifs : Justifier des interventions militaires permanentes au Moyen-Orient pour contrôler les ressources et contrer l’axe chiite (Iran-Syrie-Hezbollah). Diaboliser l’islam dans son ensemble aux yeux des opinions publiques occidentales, légitimant des politiques sécuritaires liberticides et une surveillance accrue des populations musulmanes. Diviser les musulmans entre « bons modérés » (souvent impuissants) et « mauvais radicaux » (financés en sous-main), tout en maintenant une tension permanente.

Comme l’observait l’ancien diplomate américain William Blum, critique acerbe de la politique étrangère US : le terrorisme fonctionne souvent comme un spectacle, où le public occidental reste hypnotisé par les images choc, sans questionner les coulisses du pouvoir.

Daech n’est pas « l’islam ». C’est l’arbre médiatique qui cache la forêt wahhabite, financée depuis des décennies par les alliés de l’Occident.

En France : favoriser le wahhabisme, marginaliser le chiisme

Cette stratégie d’instrumentalisation est particulièrement visible en France. Le salafisme wahhabite, ultra-minoritaire dans l’histoire de l’islam, a pu se développer grâce aux financements étrangers (Saoudite, Qatar) et à une relative tolérance initiale, tandis que l’islam chiite – plus structuré, intellectuel et souvent hostile au takfirisme wahhabite – est systématiquement marginalisé ou suspecté. Le Centre Zahra, lié à la communauté chiite, a fait l’objet de fermetures et de perquisitions. La France compte très peu, voire aucune grande mosquée chiite emblématique, seulement des salles de prière discrètes, alors que les influences salafistes ont pu s’implanter dans certaines banlieues.


Cette asymétrie n’est pas fortuite. Elle permet de maintenir une islamophobie généralisée basée sur les excès les plus visibles du wahhabisme : attentats, séparatisme, refus de la laïcité. L’islam chiite, qui pourrait incarner une voix plus politique et spirituellement cohérente, est tenu à l’écart. Résultat : il devient presque impossible de défendre sereinement l’islam comme religion de paix, de justice sociale et de bienveillance, car l’image dominante reste celle des psychopathes en noir brandissant le drapeau noir de Daech.

L’objectif profond : briser l’esprit religieux et imposer un nouvel ordre

Au-delà du Moyen-Orient et des questions sécuritaires, ce mécanisme sert un projet plus vaste. En amplifiant l’islam le plus sectaire et médiatique, les élites occidentales et leurs partenaires pétro-monarchiques discréditent non seulement une religion, mais l’idée même que des mouvements spirituels organisés puissent offrir une alternative au matérialisme consumériste, à l’individualisme radical et à l’athéisme d’État.

Pour de nombreux croyants – musulmans, catholiques, juifs –, la religion est indissociable d’une vision politique du bien commun. En associant l’islam à la barbarie wahhabite, on affaiblit tous les courants spirituels susceptibles de résister à la globalisation libérale. On prépare ainsi le terrain à un système idéologique mondialisé, sécularisé, où les seules « valeurs » acceptables sont celles du marché et du progrès technique. Les expériences athées du XXe siècle (stalinisme, maoïsme) ont pourtant démontré leur potentiel destructeur massif. Aujourd’hui, on préfère entretenir un épouvantail islamiste plutôt que de permettre une véritable renaissance spirituelle trans-religieuse.

Il est urgent de renverser cette rhétorique islamophobe qui se propage comme une peste. Distinguer clairement le wahhabisme d’exportation saoudien de l’islam vécu par des millions de croyants ordinaires. Exiger la transparence totale sur les financements étrangers des lieux de culte. Refuser les amalgames et les manipulations géopolitiques. L’arbre Daech a assez caché la forêt. Regarder la réalité en face est la première étape pour briser le cycle de la haine et de l’instrumentalisation.

La Rédaction du National Emancipé

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