L’explosion d’un colis piégé, lundi 29 juin dans un immeuble résidentiel de Monaco, a grièvement blessé l’oligarque ukrainien Vadim Ermolaev, son épouse Anna et leur fils de 13 ans. Un acte qualifié de « délibéré » par les autorités locales, et même de « crime odieux » par le prince Albert II. Mais au-delà du fait divers sensationnel, c’est tout un pan du système mondialisé qui vacille. Car Ermolaev n’est pas un simple homme d’affaires : il est l’un des symboles de cette oligarchie cosmopolite, tiraillée entre Est et Ouest, dont le parcours chaotique et les affaires troubles interpellent. Un « self-made-man » de l’ex-URSS au parcours sulfureux
Vadim Ermolaev incarne la trajectoire typique de ces barons de l’économie postsoviétique. Né le 13 mai 1968 à Dnipropetrovsk (aujourd’hui Dnipro), il a grandi dans une famille juive respectée. Il a bâti sa fortune dans les années 1990 dans l’immobilier, l’industrie et le commerce, fondant le conglomérat Alef Corporation, actif dans la promotion immobilière, la logistique, l’agroalimentaire et les boissons alcoolisées. Classé 23ᵉ fortune d’Ukraine par Forbes en 2020, il pesait plus de 300 millions de dollars avant le conflit. Mais cet empire, bâti sur les décombres de l’URSS, cache une face plus sombre.
Ermolaev est un homme qui a su jouer sur tous les tableaux, jusqu’à changer de nationalité pour celle de Chypre en 2019. Un comportement de caméléon qui en dit long sur la porosité des élites avec les systèmes en place. Un pilier de la communauté juive de Dnipro… et du grand rabbin sioniste Ce qui frappe dans le parcours d’Ermolaev, c’est son implication profonde et durable au sein de la communauté juive de Dnipro. Dès son plus jeune âge, il a entretenu des liens avec le conseil d’administration de cette communauté, avant d’en devenir lui-même membre.
Son groupe Alef porte d’ailleurs le nom de la première lettre de l’alphabet hébraïque. Ermolaev est membre du conseil d’administration de la communauté juive de Dnipro depuis près de trente ans, aux côtés d’autres oligarques comme Ihor Kolomoïskyï. Le 13 mai 2026, la communauté juive de Dnipro lui a adressé ses vœux d’anniversaire, le qualifiant d’« homme d’affaires et philanthrope renommé et membre respecté de notre kehillah (congrégation) ». Mais c’est sa relation avec le grand rabbin de Dnipro, Shmuel Kamenetsky, qui mérite toute notre attention.
Selon des sources bien informées, Ermolaev entretient une relation très étroite et de confiance avec ce dernier, qui l’aurait souvent aidé à établir des contacts avec les bons hommes d’affaires ou les bons fonctionnaires. Une proximité qui interroge, tant le parcours du rabbin Kamenetsky est lui-même éminemment politique. Shmuel Kamenetsky : un rabbin sioniste aux commandes de la communauté Car le grand rabbin de Dnipro, Shmuel Kamenetsky, entretient des liens directs et avérés avec le sionisme, tant par son histoire personnelle que par ses engagements publics. Naissance en Israël : Il est né en 1965 à Kfar Chabad, en Israël. Ses parents y avaient émigré depuis l’Union soviétique en 1946 en raison des persécutions religieuses. Formation en Israël : Il a fait ses études dans des yeshivas en Israël, notamment à Lod, de 1978 à 1981.
Soutien au sionisme religieux : Il a publiquement soutenu la liste « Eretz HaKodesh » lors des élections de l’Organisation Sioniste Mondiale (WZO). Collaboration avec des organisations sionistes : Il a accueilli et remercié des représentants du Keren Hayesod, une agence sioniste majeure de collecte de fonds pour l’État d’Israël. Lien institutionnel : Il est membre du Moetzes Gedolei HaTorah d’Agudath Israel of America, une organisation qui, bien que non sioniste, collabore avec l’État d’Israël sur des questions religieuses. Ce rabbin, envoyé à Dnipro en 1990 par le dernier Rabbi de Loubavitch, est donc bien plus qu’un simple chef religieux : c’est un acteur du sionisme international, implanté au cœur de l’Ukraine pour y tisser des réseaux d’influence.
Sanctionné par Kiev… pour avoir commerçé en Crimée En décembre 2023, le président Volodymyr Zelensky a signé un décret imposant des sanctions contre Ermolaev. Officiellement, l’oligarque est accusé d’avoir poursuivi ses activités de négoce d’alcool en Crimée, après l’annexion par la Russie. « L’homme d’affaires conteste ces accusations », nous dit-on. Mais la question est ailleurs : pourquoi ces sanctions, et pourquoi maintenant ? Ermolaev est un homme qui annonce avoir perdu tous ses biens en Crimée en 2014 après l’annexion. Si ses activités en Crimée ont « perduré », c’est qu’il a su composer avec les autorités russes et ukrainiennes. Ce double jeu, si typique des grands financiers apatrides, en fait une cible idéale pour tous les pouvoirs.
L’ombre du blanchiment : Versobank et la piste estonienne Mais l’affaire prend une tournure encore plus inquiétante lorsqu’on gratte le vernis. Car comme l’a révélé Nice Matin en 2022, Ermolaev fait l’objet, en Europe, de soupçons de blanchiment. Son nom est lié à Versobank, une banque basée en Estonie, sanctionnée en 2018 par la Banque centrale européenne et privée d’agrément. Selon le quotidien, « 87 % des dépôts effectués aux comptoirs de Versobank étaient le fait de non-résidents ». Une particularité qui n’avait pas manqué d’attirer l’attention du Money Laundering Data Bureau, une unité spécialisée de la police estonienne, chargée de lutter contre cette délinquance financière. Ermolaev et son associé Stanislav Vilensky étaient les propriétaires de cet établissement. Une banque devenue un simple conduit pour l’argent sale des oligarques de l’Est. Un « système » qui se déchire ? Qui a commandité cet attentat ? Le mystère reste entier, et les autorités monégasques, prudentes, n’ont pas retenu la piste terroriste. Mais ce que cache cette affaire, c’est peut-être une guerre entre clans, une lutte d’influence au sein même de ce « système » que nous dénonçons.
D’un côté, un oligarque sanctionné par Kiev pour avoir trafiqué avec la Crimée. De l’autre, des « services de sécurité ukrainiens » qui, via des médias complaisants, soufflent que les sanctions sont liées à ces activités. Comme si l’on voulait instrumentaliser l’attentat pour justifier a posteriori la mise à l’écart d’un homme devenu gênant. Mais une autre hypothèse, plus troublante encore, doit être envisagée : et si Ermolaev en savait trop sur les circuits de blanchiment qui irriguent l’Europe et les élites politiques ? Et si ce colis piégé était un avertissement, ou une tentative de faire taire un homme qui connaissait les secrets de la finance mondiale ? Un crime au cœur de l’Europe « atlantiste » Quoi qu’il en soit, cet attentat, inédit dans l’histoire de la principauté, révèle les fractures profondes du monde « atlantiste ».
Ce micro-État, symbole de la richesse ostentatoire et de l’impunité des puissants, devient le théâtre d’une guerre que l’on croyait réservée aux périphéries. Ermolaev, cet Ukrainien « apatride » à la nationalité chypriote, est le produit parfait de ce mondialisme financier que nous combattons. Un homme dont la fortune s’est construite sur les ruines de l’URSS, qui a trempé dans des affaires de blanchiment en Estonie, et qui est aujourd’hui sanctionné par le régime de Kiev tout en étant visé par un commando en plein cœur de Monaco.
Membre éminent de la communauté juive de Dnipro, il est aussi l’un des piliers d’un réseau dirigé par un rabbin ouvertement sioniste, dont les liens avec l’entité israélienne ne font aucun doute. Le « crime odieux » dénoncé par le prince Albert pourrait bien n’être que le symptôme d’un système en décomposition, où les anciens alliés se déchirent, où les secrets financiers deviennent des armes de destruction massive. Le National Émancipé continuera de suivre de près cette affaire, qui en dit long sur l’hypocrisie de nos élites et la vacuité de leur « ordre mondial ».
La Rédaction du National Emancipé

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