17 juin 2026

Les chrétiens seront-ils les grands sacrifiés d’un accord avec l’Iran ? Réponse au journal Tribune Chrétienne

Plutôt que de croire aveuglément les rapports occidentaux, regardons la réalité du terrain. Alors que des discussions et un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran ont été signé, certains milieux chrétiens s’inquiètent : les chrétiens d’Iran seraient-ils les grands oubliés, voire les sacrifiés, de ces négociations ? Cette crainte repose largement sur des rapports d’organisations telles qu’Open Doors, Article 18, CSW ou Middle East Concern. Mais une analyse sérieuse invite à la prudence
.


Des sources extérieures et peu fiables

Ces organismes, sans exception, sont basés en Occident (États-Unis, Royaume-Uni, Pays-Bas) et n’ont aucune présence officielle ni accès libre en Iran. Ils fonctionnent à partir de témoignages, de documents fuités et de réseaux d’exilés. Si des cas individuels existent, comme dans toute société, les extrapolations systématiques posent problème. Beaucoup de ces structures ont des liens évidents avec des milieux évangéliques ou des cercles atlantistes, et leurs dirigeants affichent parfois un conflit d’intérêts flagrant avec la République Islamique.

Croire que ces officines donnent une image fidèle de la réalité iranienne relève de la naïveté. Elles servent trop souvent un narratif géopolitique plus large.

L’Iran, paradoxalement le plus tolérant de la région ?

Celui qui se rend régulièrement en Iran depuis des décennies (comme de nombreux voyageurs indépendants) constate une réalité bien différente de celle dépeinte dans les rapports : les communautés chrétiennes historiques (arméniennes et assyriennes), juives, zoroastriennes et même sunnites disposent d’espaces de culte visibles, de représentants au Parlement et d’une protection constitutionnelle. Des églises pleines de fidèles, des synagogues actives et une coexistence réelle entre minorités sont observables dans plusieurs villes.

Comparer avec les monarchies sunnites du Golfe (Arabie saoudite, Qatar, Émirats avant leur évolution récente) est édifiant : dans ces pays, la pratique chrétienne est souvent clandestine, les églises publiques rares ou interdites, et les convertis risquent bien davantage. L’Iran, malgré ses défauts, reconnaît officiellement plusieurs minorités religieuses — une singularité dans la région.

Les arrestations de chrétiens existent, mais elles concernent très souvent des affaires de droit commun ou des individus impliqués dans des activités jugées prosélytes ou liées à l’étranger. Elles ne reflètent pas une persécution généralisée des communautés établies.

Un récit instrumentalisé à des fins géopolitiques

Depuis 1979, l’Occident n’a jamais accepté la Révolution islamique, qui a osé reprendre le contrôle plein et entier des ressources pétrolières iraniennes et rejeter la tutelle étrangère. Le programme nucléaire lui-même, initié sous le Shah avec le soutien occidental, a été relancé dans un contexte de guerre et de menaces. Les sanctions, les opérations clandestines et la propagande permanente visent moins les « droits humains » que le désir de faire tomber un État souverain qui refuse de s’aligner sur l’ordre atlantiste.

Focaliser l’attention sur l’Iran, tout en minimisant les persécutions bien plus sévères dans certains pays alliés de l’Occident, n’est pas neutre. C’est une arme de délégitimation. Les chrétiens d’Europe et d’Occident doivent refuser ce piège : instrumentaliser la foi pour servir des intérêts pétroliers, stratégiques et de revanche post-1979.

Ne pas diaboliser le peuple iranien

Les Iraniens qui ont fait la Révolution de 1979 ne sont pas des ennemis de l’humanité ni des persécuteurs systématiques de chrétiens. Ils ont renversé un régime autocratique pro-occidental marqué par une corruption massive et une dépendance humiliante. Comme tout peuple, ils ont droit à leur souveraineté et à leur modèle, même s’il peut être critiqué.

Un accord de paix avec l’Iran ne devrait pas être conditionné à une nouvelle ingérence ou à l’acceptation aveugle de rapports partisans. La vraie tolérance religieuse dans la région passe d’abord par un regard honnête sur les faits de terrain, et non par la répétition mécanique d’un narratif conçu à Washington ou à Londres.

Les chrétiens d’Orient méritent protection, mais pas au prix d’une nouvelle guerre ou d’une propagande qui sert d’autres agendas. Il est temps de privilégier le dialogue, le respect des souverainetés et une vision dé-ideologisée du Proche-Orient.

Le National Émancipé

Aucun commentaire: