Une décision qui sent le kérosène
La Commission européenne avait pourtant tenté, en 2023, d’exclure la fabrication de jets privés de la liste des activités durables, en se basant notamment sur les émissions de CO₂ par passager-kilomètre, largement supérieures à celles des autres modes de transport
. Trop émetteur, trop élitiste, trop incompatible avec l’urgence climatique. Dassault a attaqué cette décision devant la justice et a gagné.L’argument de la Cour ? La Commission n’aurait pas suffisamment pris en compte la possibilité future d’utiliser des carburants d’aviation durables (SAF) et aurait appliqué un critère (passager-kilomètre) inadapté à l’activité de fabrication industrielle. Résultat : impossible d’exclure automatiquement ces avions du label « vert ». Les données d’empreinte écologique étant souvent protégées par le secret industriel, et Dassault promettant un jour des jets « propres », la porte s’ouvre grande.
Un jet privé émet en une heure ce qu’un Européen moyen émet en une année entière. Mais qu’importe : l’oligarchie a droit à son exemption.
Deux poids, deux mesures : l’écologie des puissants
On nous bassine tous les jours avec le réchauffement climatique, l’impératif de décroissance pour le commun des mortels, les poubelles jaunes et vertes, les taxes sur l’essence, les vols low-cost stigmatisés. Pendant ce temps, les vrais gros émetteurs – ceux qui servent une caste de milliardaires, dirigeants et influenceurs – obtiennent des financements « durables ».
Grâce à cette décision, Dassault et l’industrie des business jets accèdent plus facilement aux fonds verts, aux prêts bancaires avantageux et aux investisseurs contraints par la taxonomie. Pas d’exonération fiscale directe, certes, mais un avantage concurrentiel massif : coût du capital réduit, image « responsable » redorée, et surtout, continuation des affaires comme d’habitude. C’est du greenwashing institutionnalisé au plus haut niveau.
Les usines Dassault, les projets de R&D, la production de Falcon : tout cela peut désormais être présenté comme « compatible avec la transition écologique ». On croit rêver.
Un symbole parfait de l’hypocrisie européenne
Cette affaire révèle la vraie nature de l’écologie politique actuelle : punitive pour le peuple, complaisante pour les élites. Les mêmes qui prônent la sobriété énergétique pour les classes moyennes ferment les yeux (ou plutôt les ouvrent grand) quand il s’agit des jouets des ultra-riches. La promesse de SAF (carburants durables) reste largement théorique : production limitée, coût exorbitant, et disponibilité loin d’être à la hauteur des besoins. Mais qu’à cela ne tienne, le label vert tombe.
C’est l’escrologie à l’état pur : on vend de la vertu climatique tout en protégeant les intérêts des puissants. Les citoyens paient la note écologique et financière, les oligarques volent en première classe… avec la bénédiction de Bruxelles. Que l’on arrête de nous prendre pour des idiots. Cette décision n’est pas une victoire du droit ou de l’innovation : c’est un scandale absolu qui discrédite un peu plus l’écologie officielle.
La Rédaction du National Emancipé

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