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21 mai 2013

Aspasia, avocate grecque et “nouvelle pauvre”….



Tout allait si bien pour Aspasia, avocate. Un bel appartement dans un quartier chic d’Athènes, des enfants dans une école privée, un mari entrepreneur… Aujourd’hui sans revenus, elle vit chichement, touchée de plein fouet par la déroute économique de son pays. Portrait.

Aspasia tourne en rond dans son bel appartement, dans une tenue passe-partout. Elle attend le début d’après-midi pour aller à la “laïki”, le marché en plein air, qui a lieu une fois par semaine sur la place. Parce que ce sera la fin du marché, l’heure où les producteurs bradent leurs marchandises à moitié prix avant de les remballer. Elle se regarde une dernière fois dans la glace et ne se reconnait pas.

Où est la brillante avocate, toujours habillée à la dernière mode, femme comblée, mère de deux enfants, notable de Kaisariani, un quartier tout proche du centre-ville d’Athènes ? Un quartier surgi de terre avec l’arrivée des réfugiés d’Asie Mineure, lors de l’échange de population gréco-turc de 1923.
Des petites maisons bâties de bric et de broc, avec jardins de vignes et lauriers. Et remplacées depuis une décennie par de magnifiques immeubles de standing, les rues pleines de restaurants branchés devant lesquelles stationnaient les voitures des nouveaux riches.

C’est au rez-de-chaussée d’un de ces immeubles que, revenue d’Angleterre après son doctorat, elle avait ouvert son appartement-cabinet. Sa vie professionnelle s’écoulait sans souci entre les rendez-vous et les plaidoiries au tribunal. Tout allait si bien pour elle : son mari s’était lancé dans le commerce des produits biologiques, les enfants allaient au jardin d’enfants bilingue (+ de 2.000 € par mois), une Philippine faisait le ménage. La misère racontée par ses grands-parents semblait bien loin.

Chute brutale

Aujourd’hui, Aspasia se demande si tout cela n’a pas été pas un mirage. Le cabinet ne fonctionne plus, quasiment plus, faute de clients. Finies les querelles de voisinages sur les murs mitoyens (le bâtiment a chuté de 60 %) , finis les divorces (les familles serrent les coudes), plus aucune rentrée d’argent. Et l’entreprise de Dimitri est en faillite, avec des milliers d’euros d’impayés. Les enfants ont été retirés de la crèche et la femme de ménage remerciée. C’est la grand-mère qui garde les petits, puisqu’elle habite désormais avec eux. La location du deux-pièces où elle vivait a été résiliée.
La chute est brutale. Aspasia, qui n’avait jamais tenu un budget de sa vie, rogne sur tout aujourd’hui. Elle a éteint le chauffage central et alimente la cheminée avec le bois ramassé illégalement dans la forêt proche de l’Hymette. Mais cela sera plus difficile maintenant, car Dimitri a eu un accident de voiture. Il s’en est sorti heureusement, mais la voiture est irrécupérable. Et avec l’argent de l’assurance, impossible d’en acheter une nouvelle, même d’occasion.

Tout était si dérisoire!

Alors Aspasia a repris le bus, ce qu’elle n’avait plus fait depuis qu’elle allait se promener avec son grand-père à l’Acropole, il y a bien longtemps. Pourtant elle ne se plaint pas. Sa meilleure amie a fait la semaine passée une tentative de suicide, comme le font de plus en plus de Grecs. Ne pouvant plus rembourser ses crédits, elle avait l’angoisse qu’on lui prenne sa maison. Heureusement, Aspasia l’a aiguillé vers une association qui s’occupe des dossiers de surendettement.
Aspasia jette un dernier coup d’œil à la décoration chic de son intérieur, qui lui parait aujourd’hui tellement dérisoire. Et avec son cabas, elle se dirige vers la place. Passant devant une soupe populaire, elle se rassure en se disant qu’elle n’en est pas encore là. Pour combien de temps ?

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