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26 mars 2015

L’Europe, l’un des principaux viviers de «Daech»

Avec officiellement 4000 recrues, l'Europe occidentale fournit le plus gros contingent de combattants étrangers au groupe terroriste «Etat islamique» (EI ou Daech). Avec la radicalisation des communautés musulmans dans ces pays, due en partie à la montée de l'islamophobie, ce nombre est appelé à augmenter exponentiellement dans les mois à venir. 

Le Centre international d'études sur la radicalisation et la violence politique britannique (ISCR) vient de publier la semaine dernière des estimations modérées de la taille des contingents européens dans les rangs de «Daech», en Syrie et en Irak. Le rapport estime que 3500 à 3950 ressortissants de l'Europe de l'Ouest combattent dans les rangs du groupe extrémiste. Mais des sources diplomatiques occidentales à Beyrouth pensent que leur nombre serait au moins deux fois plus important. 

Il ressort du rapport britannique que la France occupe la tête du triste classement en tant que principal pourvoyeur de terroristes à «Daech», avec 1200 volontaires. Ce chiffre est en deca de celui de «1400 jihadistes» avancé par le Premier ministre français. Début mars, Emmanuel Valls avait déclaré qu'avant l'été, il pourrait y avoir 5000 Européens évoluant dans les rangs des groupes terroristes et «sans doute 10000 avant la fin de l'année». 

La France est suivie par le Royaume-Uni et l'Allemagne avec 500 et 600 terroristes. L'Irlande figure en bas du classement avec «une trentaine de jihadistes».

Le rapport de l'ISCR indique qu'en termes de nombre de terroristes par million d'habitants, la Belgique vient en tête (40), suivie du Danemark (27) et de la Suède (19 par million).

Dans le même temps, les analystes du Centre estiment qu'entre 800 et 1500 personnes originaires de la Fédération de Russie, essentiellement de Tchétchénie, du Daguestan et d'Ingouchie, combattent actuellement aux côtés des terroristes.

Islamophobie et radicalisation

Le phénomène de migration des terroristes d'Europe de l'Ouest est tellement important que les mesures prises jusqu'à présent par les pays européens seront insuffisantes pour l'enrayer. En effet, on assiste à une course entre la montée de l'islamophobie et la radicalisation des communautés musulmanes mal intégrées, en raison de l'échec de la plupart des modèles européens, notamment en France.

Les études ont montré qu'en quatre ans, le nombre de mosquées contrôlées par les salafistes a plus que doublé en France. En 2014, on a dénombré 89 lieux de culte sous l'influence des salafistes contre 44 en 2010. Les salafistes seraient au nombre de 5000 sur le territoire français, soit dix fois plus qu'il y a dix ans. 

Myriam Benraad, spécialiste du Proche-Orient et de l'Irak, chercheuse à Sciences Po Paris, parle d'une évolution dans les processus et mécanismes de radicalisation en France. «Cela a commencé à travers un certain nombre de petites mosquées salafistes dont certaines étaient clandestines. On observait déjà ce phénomène dans les années 1990, du temps de la guerre civile en Algérie, et aussi à partir de la guerre d'Irak, en 2003», a-t-elle expliqué. La chercheuse fait le lien entre la radicalisation dans les sociétés arabes et l'apparition des Frères musulmans, dans les années 20 du siècle dernier.

Mme Benraad souligne une montée de la radicalisation salafiste à travers Internet qui permet, selon elle, «de se radicaliser de manière individuelle directement à travers des sites Internet, à travers des prêches sur les réseaux sociaux ou des sites comme Youtube». 

La spécialiste affirme que les salafistes «présentent une sorte de bras droit de l'Etat islamique en France (...) car leurs prêches poussent indirectement au radicalisme à travers des incitations à quitter la terre des mécréants». 

Face à cette menace, la France et la Grande-Bretagne pratiquent la politique de l'autruche. Car le seul acteur capable de freiner puis de briser le projet terroriste en Syrie est l'armée syrienne. L'écrasante majorité des autres groupes armés ne sont que des jumeaux ou de faux jumeaux de «Daech». Le «Front al-Nosra» est la branche armée d'Al-Qaïda en Syrie et «l'Armée de l'Islam» de Zahrane est un mouvement salafiste radical.

Tant que Paris et Londres s'entêtent à ignorer cette réalité, c'est-à-dire la nécessité de coopérer avec Damas, la Syrie continuera d'être un immense camp d'entrainement pour des terroristes prêts à retourner dans leurs pays d'origine et d'adoption pour semer la mort et la désolation.

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