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8 janv. 2013

Vatican II pour les nuls

Le 11 octobre 1962 s’ouvre le concile Vatican II. Ce grand bouleversement vient achever le ralliement à la modernité initié par Léon XIII, comme l’a très bien démontré Philippe Prévost. Cette modernisation de l’Église imposait de revenir sur le dualisme fondateur du catholicisme : nature / surnature ou monde / Dieu. En annihilant cette distinction, le concile a fait des hommes des dieux.

Ce propos est déjà lourd de sens. La société marchande produit, pour fonctionner, des narcisses contemporains, de petits individus à la recherche permanente de la satisfaction immédiate de leurs désirs. Tuer Dieu, ou le père assimilé au surmoi dans la psychanalyse freudienne, revient à autoriser ses créatures à jouir sans entrave.

Le pape Jean XXIII, l’initiateur du concile, avait bien préparé son coup avec un système de listes qui bénéficiait amplement au clergé européen, réputé plus libéral. La première exigence était la suppression du latin comme langue exclusive de la liturgie. Il en ressort une conséquence assez importante, à savoir la fin du contrôle du Vatican sur les différentes conférences épiscopales.

En effet, il est pratiquement impossible de vérifier si les divers pays du monde ont des messes conformes aux principes conciliaires. Le latin était la langue unitaire de l’Église, la langue liturgique depuis presque deux millénaires, la langue qui donnait tout son sens au terme grec « catholicos » signifiant universel.

À la mort de Jean XXIII, Paul VI, élément modérément libéral, fut désigné souverain pontife. Une deuxième question fut alors posée. Le pape a-t-il une autorité supérieure, égale ou inférieure au collège épiscopal chargé de le désigner ? Pour les traditionalistes, son autorité est évidemment supérieure. Les modérés comme Paul VI la jugent équivalente. D’après les libéraux, le pape « était tenu en conscience de prendre l’avis du collège épiscopal avant de se prononcer, car, représentant le collège, il devait nécessairement exprimer sa pensée ».

Un texte fut adopté mais tous les amendements écartés. Ces derniers s’inquiétaient du risque d’interprétation très libérale de la nouvelle norme. Au crépuscule de leur gloire, les évêques libéraux commirent alors une erreur. Un des leurs, sûr de la victoire finale, expliqua comment les éléments litigieux du texte seraient interprétés après le concile. Devant cette trahison de la minorité libérale, « Paul VI s’effondra et pleura ». Il fit alors publier une note explicative conforme à l’enseignement traditionnel de l’Église.

Quelle est l’idéologie sous-jacente du concile Vatican II ? À cette question, Pascal Bernardin répond très clairement : ce bouleversement est inspiré d’une « doctrine qui se caractérise par la confusion entre le Créateur et la créature ; et par l’affirmation que notre nature est gracieuse ». Or, traditionnellement, la grâce est une faveur accordée par Dieu à l’homme, elle ne se confond pas avec lui. En principe, le salut dépend de cette grâce. L’homme « est », mais doit agir pour espérer recevoir la grâce.

Charles Maurras ne disait pas l’inverse quand il constatait que l’acceptation préalable du réel était une condition de l’action. C’est bien le néo-thomisme de Maurras qui valut à l’Action française sa condamnation par le Vatican et non pas le paganisme de l’auteur de L’Avenir de l’intelligence.

D’après le philosophe Maurice Blondel, être et action ne font qu’un. Si on est, on agit nécessairement. La grâce est dans donc selon lui en chacun de nous. Son ami, l’oratorien Philippe Laberthonnière, défendait aussi ce monisme. Vatican II fut l’occasion inespérée pour les disciples de Blondel et de Laberthonnière de diffuser leurs idées.

Benoît XVI, le supposé sauveur de l’Église, alors cardinal à l’époque, écrivait ceci :

« Bien entendu, il faut ajouter que le climat de tout le processus était marqué de façon décisive par Gaudium et Spes [Ndlr : Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps]. Le sentiment qu’il ne devrait plus y avoir de mur entre l’Église et le monde, que tout dualisme : corps-âme, Eglise-monde, grâce-nature, et même en fin de compte Dieu-monde était nuisible – ce sentiment devint de plus en plus une force directrice pour l’ensemble. »

Ce dualisme est même nié dans le nouveau rite. En vertu de la doctrine traditionnelle, le prêtre est, à l’instar des fidèles, face à l’autel pour célébrer la messe. Cette posture formelle symbolise le respect des hommes à l’égard de Dieu. Depuis Vatican II, le prêtre célèbre la messe face aux fidèles. Il prend donc presque la place de Dieu. En supprimant le latin, on a assisté à une désacralisation de la messe et à sa sécularisation à la mode protestante. « Le culte s’adressait à Dieu comme un hommage, il s’adressera désormais à l’homme pour le consoler et l’éclairer. Le sacrifice occupait la première place, le sermon va le supplanter », écrivait Luther.

Il n’est donc pas étonnant que l’Église soutienne ouvertement la démocratie, qui octroie à l’homme-Dieu une liberté de conscience à travers ses droits de l’homme, qui sont aujourd’hui l’alibi idéal pour déclencher des guerres. L’Église a abandonné Dieu pour se consacrer à l’homme. En se soumettant intégralement à la démocratie libérale, elle a tiré une croix sur deux mille ans d’enseignement catholique prodigué par les Pères de l’Église. Si l’Église se prosterne devant l’homme, elle ne reconnaît plus Dieu.

Laissons le mot de la fin à l’historien Philippe Prévost, ayant largement inspiré ces lignes, qui conclue son admirable livre de la sorte, à propos de l’Église :

« Un jour viendra où elle se détachera du monde, mot qui n’est que l’anagramme du démon. Elle se souviendra de ses origines et elle reniera le dogme du ralliement. Elle n’a d’ailleurs pas d’autre choix : elle a le couteau sous la gorge, car Satan, à la différence de Dieu, ne fait pas de crédit. »

Source : E&R

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