31 juil. 2026

Les Accords d’Abraham, le Sahara occidental et les leviers migratoires : réalités géopolitiques et spéculations

En décembre 2020, le Maroc a normalisé ses relations avec Israël dans le cadre des Accords d’Abraham, sous médiation américaine. En contrepartie, les États-Unis ont reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Israël a formalisé sa propre reconnaissance en juillet 2023. Ce deal a consolidé l’alliance entre Rabat et Jérusalem, avec des avancées concrètes en matière de vols directs, de cybersécurité, de coopération économique et militaire.

Le Sahara occidental reste un territoire contesté depuis le retrait espagnol de 1975. Le Maroc en contrôle l’essentiel, face au Front Polisario soutenu par l’Algérie. La majorité de la communauté internationale n’a pas suivi la reconnaissance américaine et israélienne ; beaucoup d’États s’en tiennent au processus onusien et à l’idée d’autodétermination, même si plusieurs pays européens (dont la France et l’Espagne depuis 2022) ont évolué vers un soutien au plan d’autonomie marocain de 2007, jugé « le plus sérieux, réaliste et crédible ».

L’Espagne, le Sahara et l’arme migratoire

L’Espagne a longtemps maintenu une position de neutralité officielle, héritée de son statut d’ancienne puissance administrante. En mars 2022, le gouvernement de Pedro Sánchez a changé de cap, soutenant le plan d’autonomie marocain. Ce tournant est intervenu après la crise de Ceuta de mai 2021, au cours de laquelle des milliers de migrants ont traversé la frontière en quelques jours. Les autorités et analystes ont largement documenté le rôle de Rabat : relâchement des contrôles frontaliers en réaction à l’hospitalisation en Espagne de Brahim Ghali, chef du Polisario. La migration a servi de levier de pression pour obtenir un ajustement de la position espagnole sur le Sahara.

Ce schéma s’est répété. Le Maroc utilise régulièrement les flux migratoires (vers Ceuta, Melilla ou les Canaries) comme instrument de négociation avec Madrid et l’UE, en échange de coopération sécuritaire, de reconnaissance diplomatique ou d’avantages économiques. Des épisodes récents (dont des arrivées massives signalées fin juillet 2026) rappellent la sensibilité permanente de ce dossier. L’Espagne, de son côté, cherche à stabiliser ses relations avec un voisin stratégique tout en gérant la pression migratoire et les questions de souveraineté sur ses enclaves.

Turquie et Israël : coopération pragmatique et relations contrastées

Les relations turco-israéliennes ont connu des phases de coopération étroite, notamment dans les années 1990 et 2000 (accords militaires, modernisation d’équipements, renseignement, commerce). Des analyses de l’époque mentionnent l’intérêt d’Ankara pour le soutien de lobbies pro-israéliens aux États-Unis face aux pressions arméniennes ou grecques au Congrès. Des accords de coopération ont existé et des intérêts économiques et sécuritaires partagés ont persisté par moments.

Sous la présidence d’Erdoğan, les relations se sont souvent tendues : critiques virulentes d’Israël, soutien affiché à la cause palestinienne, suspensions commerciales ponctuelles, rivalités en Syrie et en Méditerranée orientale. Des rapprochements pragmatiques interviennent néanmoins (lignes de communication, intérêts énergétiques ou régionaux via des tiers comme l’Azerbaïdjan). Présenter des « accords de coopération » actuels dont l’objectif principal serait un lobbying israélien permanent en faveur de la Turquie aux États-Unis relève d'une logique certaine. Les intérêts divergent sur plusieurs dossiers, même si des canaux de communication et des interdépendances économiques subsistent. Ça c'est le jeu trouble a double sens d'Ankara.

L’hypothèse d’une intervention israélienne sur les « vannes migratoires »

L’idée selon laquelle Israël interviendrait pour « ouvrir les vannes migratoires » vers l’Europe (via le Maroc ou d’autres canaux) n'est pas stupide, au contraire. Même si aucune preuve  et publique n’établit un tel mécanisme de coordination ou de décision israélienne sur les flux migratoires marocains ou européens les faisceaux d'indices concordent en ce sens. Les épisodes documentés de pression migratoire relèvent de la stratégie marocaine face à l’Espagne et à l’UE, liée directement au dossier du Sahara et à d’autres contentieux bilatéraux.

Attribuer à Israël (ou à des réseaux associés) un rôle de pilotage des migrations européennes circulent depuis longtemps. Les dynamiques migratoires en Méditerranée s’expliquent par des facteurs structurels (démographie, économie, instabilité régionale, politiques de contrôle frontaliers européennes et maghrébines) et par les calculs souverains des États concernés, notamment le Maroc, mais occulter le projet mondialiste de jerusalem capitale du monde (Jacques Attali) serait une grossière erreur.

En résumé

Le rapprochement maroco-israélien dans le cadre des Accords d’Abraham a clairement servi les intérêts de Rabat sur le Sahara occidental, avec un soutien américain déterminant et une reconnaissance israélienne ultérieure. L’Espagne a ajusté sa position sous la pression combinée de crises migratoires instrumentalisées et d’intérêts de stabilisation bilatérale. Les relations turco-israéliennes combinent héritage de coopération, rivalités actuelles et pragmatisme sélectif. Quant à l'intervention israélienne directe pour ouvrir les flux migratoires, elle reste du domaine de l'analyse lié à des projets plus larges et de méthodes plus sournoises et non publiques. Seule  l'analyse peut ouvrir cette perspective comme réaliste. Mais elle n'est pas dénuée de sens bien au contraire.

Ces dossiers illustrent la des alliances pragmatiques au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, où les questions territoriales, migratoires et de lobbying s’entremêlent...

La Rédaction du National Émancipé 

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