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26 juil. 2026

Mahammad Mehdizade, le Chalghoumi du chiisme : un imam sorti de nulle part au service des intérêts atlantistes


Dans le paysage médiatique français, certaines figures émergent avec une rapidité suspecte. Après Hassen Chalghoumi, l’imam de Drancy devenu l’interlocuteur privilégié des plateaux de droite et des cercles pro-israéliens, voici son pendant chiite : le sheikh Mahammad Mehdizade. Originaire d’Azerbaïdjan, cet homme au turban soigneusement ajusté et à la barbe impeccable multiplie depuis début 2026 les apparitions sur CNews, i24NEWS et Radio J. Son discours est parfaitement calibré : dénonciation hystérique du régime iranien, soutien indéfectible à Israël, attaques contre La France insoumise accusée de « manipuler les musulmans », et rhétorique anti-islamiste empruntée aux éléments de langage de l’extrême droite.

Pourtant, personne ne le connaît vraiment. Mohammed Moussaoui, président de l’Union des mosquées de France et figure du CFCM, l’a dit sans détour : « Personne dans notre organisation ne le connaît. […] Il est inconnu de tous. On ne sait pas s’il est attaché à une mosquée. » Aucune grande fédération musulmane française ne le revendique. Aucune institution religieuse chiite reconnue en Iran, en Irak ou au Liban ne semble le présenter comme un de ses anciens étudiants. Sa seule trace administrative en France ? Une micro-entreprise de traduction créée le 1er novembre 2024… et fermée le lendemain.

Un parcours opaque et des affiliations troubles

Né en Azerbaïdjan, pays à majorité chiite, Mehdizade affirme avoir étudié en Iran autour de 2015. Il se dit avoir été « très proche du régime », avoir rencontré plusieurs fois Ali Khamenei et fréquenté ses proches. Puis, soudain, la révélation : « Nous avons compris que nous avions été arnaqués par un régime utilisant l’islam pour tromper, manipuler et dominer. » Depuis, il est devenu l’un des critiques les plus virulents de la République islamique, allant jusqu’à affirmer que celle-ci « n’a jamais eu de légitimité religieuse » en islam chiite.

Ses titres officiels sont tout aussi flous. Il se présente comme directeur européen du Global Imams Council, une structure liée à l’Australien Mohammad Tawhidi, figure extrêmement controversée, proche des milieux néoconservateurs et pro-israéliens, souvent accusée de servir d’instrument de soft power. Il est également présenté comme vice-président de la Conférence des imams de France, l’association de… Hassen Chalghoumi. Autrement dit, le Chalghoumi sunnite a trouvé son double chiite.

La sureprésentation médiatique d’un inconnu

Comme pour Chalghoumi avant lui, la disproportion est frappante. Inconnu des mosquées françaises, Mehdizade bénéficie d’une exposition médiatique massive sur les chaînes du groupe Bolloré et les médias pro-israéliens. Il y développe un discours d’une violence rare contre l’Iran, assimilant la politique de Khamenei à celle de LFI en France, et multiplie les déclarations de soutien à Israël sous couvert de dialogue interreligieux. « Nous, musulmans, ne pouvons pas être contre les juifs », répète-t-il. « Attaquer Israël n’est pas permis dans notre religion. »

Ce positionnement n’est pas anodin. Dans un contexte de confrontation géopolitique entre l’axe occidental et la République islamique d’Iran, la promotion d’un chiisme « modéré », anti-perse et pro-atlantiste répond à une logique stratégique claire. Contre le chiisme politique irano-levantin (Iran, Hezbollah, Houthis), on cherche à fabriquer un chiisme de service, acceptable pour les capitales occidentales et les monarchies du Golfe alliées. Mehdizade, avec ses liens présumés aux Émirats et son allégeance au Global Imams Council, semble parfaitement taillé pour ce rôle.

Un instrument plutôt qu’un représentant

Le parallèle avec Chalghoumi est trop évident pour être fortuit. Même absence de base communautaire réelle, même médiatisation disproportionnée, même discours anti-« islamo-gauchisme », même proximité avec les intérêts israéliens et atlantistes. Là où Chalghoumi a longtemps été le « musulman de service » des plateaux français, Mehdizade incarne la tentative d’élargir cette opération au chiisme.

Que ce personnage soit sincère ou purement opportuniste importe peu. Ce qui compte, c’est la mécanique : un inconnu, sans ancrage réel dans les communautés musulmanes de France, est propulsé comme voix autorisée dès lors qu’il sert un narratif géopolitique précis. Le chiisme historique, celui de Qom, de Najaf et du Levant, n’a que faire de ces constructions médiatiques. Mais pour certains cercles occidentaux, un « chiisme de combat » contre Téhéran est bien plus utile qu’un chiisme authentique.

Mahammad Mehdizade n’est pas le représentant d’une tradition religieuse. C’est un produit. Et comme tout produit de ce type, il révèle davantage les besoins de ceux qui le mettent en avant que la réalité des communautés qu’il prétend parler.

Le National Emancipé

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