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30 juil. 2026

L'imposture Raphaël Glucksmann : moraliste à géométrie variable

Raphaël Glucksmann s’est réjoui, dans un tweet du 30 juillet 2026, de l’arrêté d’expulsion visant Xenia Fedorova. Il y écrit : « Xenia Fedorova est l’agent d’influence d’une tyrannie étrangère qui multiplie les opérations de déstabilisation de notre démocratie. Et les “nationalistes” qui défendent avec tant d’ardeur un pion dans la guerre hybride russe contre la France sont des patriotes de pacotille. »

Le ton est solennel, l’indignation apparente. Pourtant, ce texte révèle surtout un homme politique qui pratique l’indignation sélective avec un cynisme peu dissimulé.

Fedorova, ancienne directrice de RT France, chroniqueuse dans les médias du groupe Bolloré, est accusée par le gouvernement et par Glucksmann d’être un relais de la propagande russe. Glucksmann l’avait déjà qualifiée d’« agente russe » dès mai 2026, réclamant qu’on lui retire le micro et le titre de séjour. L’expulsion officialise ce qu’il demandait. Jusque-là, on pourrait y voir une position de principe contre les ingérences étrangères. Mais le principe s’arrête net dès que l’ingérence ne vient pas de Moscou.

Le même Glucksmann, qui fustige les « patriotes de pacotille », n’a jamais montré la même véhémence face aux opérations d’influence israéliennes documentées en France, notamment celles visant La France insoumise et certains de ses dirigeants. Silence radiophonique. Aucun tweet incendiaire. Aucune demande d’expulsion ou de retrait de micro. La démocratie française serait donc menacée uniquement quand l’influence est russe, jamais quand elle est israélienne. Cette asymétrie n’est pas un oubli : c’est une ligne politique.

Glucksmann se présente volontiers comme un défenseur intransigeant de la démocratie et des droits humains. Dans le même temps, il assume une ligne de soutien indéfectible à Israël, y compris dans ses dimensions les plus contestées. On peut être pro-israélien par conviction. On ne peut pas, en revanche, accuser les autres d’être des pions d’une puissance étrangère tout en fermant les yeux sur les ingérences d’une autre, ni parler d’« apartheid » ailleurs tout en refusant d’appliquer le même regard critique à l’occupation et au système de domination en Cisjordanie et à Gaza. La cohérence n’est pas une option : c’est un minimum.

Le mot « pion » qu’il emploie à propos de Fedorova mérite aussi d’être retourné. Glucksmann, héritier d’un certain milieu intellectuel parisien, n’est pas exactement un outsider. Son père, André Glucksmann, figure de la « Nouvelle Philosophie », a signé en 1977, aux côtés de Sartre, Beauvoir, Barthes et d’autres, une tribune publiée dans Le Monde qui demandait la libération de trois hommes incarcérés pour des relations sexuelles avec des mineurs de moins de 15 ans. Cette pétition, qui relativisait la responsabilité pénale en matière de relations avec des adolescents, fait partie de l’histoire documentée de certains intellectuels français des années 1970. Raphaël Glucksmann n’en est pas responsable. Mais lorsqu’on se drape dans la posture du moraliste absolu et qu’on traite les autres de « patriotes de pacotille », le rappel de cet héritage n’est pas hors sujet : il montre que la pureté revendiquée a des zones d’ombre familiales.

Enfin, le personnage politique lui-même. Glucksmann incarne une figure désormais classique : l’eurodéputé sans véritable ancrage populaire, sans programme économique clair, sans projet de transformation sociale concret, qui survit sur le marché médiatique grâce à une indignation permanente et à un positionnement « centriste de gauche » compatible avec le consensus atlantiste et européiste. Candidat potentiel à la présidentielle, il apparaît comme l’un de ces profils lisses, sans charisme particulier, sans base sociale solide, dont le discours se résume à la défense d’un ordre international existant présenté comme le seul horizon possible. Un mollusque politique au goût insipide du nouvel ordre mondial, pour reprendre l’expression.

Le tweet sur Fedorova n’est donc pas un acte de lucidité démocratique. C’est l’expression d’une hypocrisie structurelle : on dénonce l’influence russe avec la plus grande sévérité, on minimise ou on ignore les autres, on se pare de vertus patriotiques tout en restant parfaitement aligné sur les lignes de force dominantes, et on traite de « pacotille » ceux qui refusent ce double standard. Dans une démocratie qui prétend défendre la liberté d’expression et la pluralité des opinions, cette sélectivité n’est pas un signe de force. C’est un signe de faiblesse.

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